Surpopulation carcérale : voyons la réalité en face

Courrier de lecteurs paru dans Le Temps du 27 mai 2013

Je fais suite au courrier de lecteur de Madame la Conseillère nationale Maria Bernasconi, paru dans votre édition du 22 mai 2013, sous le titre « Enfermement à tout va ».

Selon l’Office fédéral de la statistique, la criminalité, toutes infractions confondues, a baissé de 9% à Genève entre 2011 et 2012. Notre canton et celui de Zoug sont les seuls de toute la Suisse à avoir enregistré une telle baisse. D’ailleurs, cette tendance semble se confirmer depuis le début de l’année 2013.

Ni le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, ni le Procureur général Olivier Jornot ne nient le sérieux problème que constitue la surpopulation carcérale à Genève, que ce soit pour les personnes détenues ou pour les employés des prisons.

En réalité, les justiciables actuellement détenus à la prison de Champ-Dollon dans des conditions certes discutables sont des victimes de la politique pénitentiaire menée  dans les années 2000, qui consistait à ne surtout pas planifier et à se contenter de colmater les brèches. Ainsi, lors de son inauguration en 2008, la prison de la Brennaz ne comptait que 67 places, alors que celle de Champ-Dollon était déjà largement surpeuplée.

Pour mémoire, cette dernière avait été construite en 1977, à une époque où le canton de Genève comptait 120’000 habitants de moins qu’aujourd’hui. Depuis, le monde, l’Europe, la Suisse et Genève ont profondément changé.

Dès lors, le seul moyen de restaurer la sécurité dans notre canton, tout en offrant aux détenus des conditions de détention respectueuses de la dignité humaine, est de tenir enfin compte de l’évolution démographique et donc, d’augmenter en conséquence le nombre de places de détention disponibles.

Ainsi, Isabel Rochat avait obtenu la construction de 100 places supplémentaires en 2011. Quant à Pierre Maudet, il vise un doublement des places de détention d’ici à 2017. Dans l’immédiat, l’établissement Curabilis devrait ouvrir ses portes l’année prochaine, comme prévu.

En d’autres termes, il est inapproprié d’imputer la surpopulation carcérale à la politique pénale menée de concert par le Conseil d’Etat et le Ministère public depuis l’été dernier en réponse aux inquiétudes réelles, légitimes et fondées de l’immense majorité des habitants de notre canton.

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