Article paru dans la Tribune de Genève du 3 mars 2021
Depuis plus de trente ans, en Suisse, le nombre d’actifs par retraité ne cesse de chuter. Au cours de la même période, l’espérance de vie a constamment augmenté. Bien entendu, on ne peut que se réjouir de vivre en meilleure santé et plus longtemps. Cette situation démographique exerce toutefois une pression constante sur le financement de nos retraites à long terme. En effet, le nombre de rentes à verser étant toujours plus important, le volume des cotisations à l’AVS ne suffit plus à couvrir les besoins, ce qui oblige le législateur à rechercher d’autres sources de financement, par exemple au moyen de la TVA.
Depuis les années 1990, on ne compte plus le nombre de projets de révision de l’AVS refusés en votation populaire, tant cette question reste sensible, la dernière en date, Prévoyance 2020, ayant d’ailleurs fait l’objet de divisions tant au sein de la droite que de la gauche.
Alors qu’en marge des débats autour du projet AVS21, l’Assemblée fédérale va probablement à nouveau se déchirer autour de l’âge de la retraite, notamment celui des femmes, les jeunes libéraux-radicaux suisses promeuvent une initiative populaire qui propose d’adapter progressivement cet âge seuil à l’espérance de vie (initiative sur les rentes).
Il convient ici de saluer cette proposition courageuse. En effet, comme l’AVS est fondée sur le principe de la solidarité entre les générations, les jeunes PLR font montre de maturité et de responsabilité, puisque en définitive, c’est leur génération qui sera en première ligne touchée par cette proposition, et non pas celle des retraités à court ou moyen terme, ni encore moins celle des retraités actuels.
Dès lors que le 1er pilier est obligatoire, public et fondé sur le principe de répartition, on peine à comprendre ce qu’il y a de si choquant à prévoir un âge de la retraite indépendamment du critère du sexe. C’est d’ailleurs le lieu de rappeler qu’il faut aussi tenir compte d’autres paramètres, tels que l’âge d’arrivée sur le marché du travail et la pénibilité de certains métiers.
De plus, il apparaît aujourd’hui difficile de réformer l’AVS sans tenir compte du 2e pilier. En effet, en termes d’égalité, il y a là aussi une marge d’amélioration importante, puisque le mécanisme dit de la déduction de coordination expose les salaires inférieurs à 24’885 fr. à de graves lacunes de prévoyance. Or, les personnes qui travaillent à temps partiel ou qui cumulent plusieurs emplois à temps partiel, dont une claire majorité de femmes, se retrouvent ainsi confrontées à une précarité inquiétante une fois arrivées à la retraite. Par conséquent, notre système de retraite pourrait être renforcé sous l’angle de l’égalité entre femmes et hommes en combinant une égalisation de l’âge de la retraite avec une correction des effets dévastateurs de la déduction de coordination.